Édito

michèle pralong/maya bösch :  Qu'a-t-on appris en dirigeant un théâtre expérimental? 

Pourquoi a-t-il fallu presque quatre ans pour arriver à poser comme sous-titre au Grü : transthéâtre?  Est-ce que chaque spectacle met en oeuvre une théorie du spectacle? Est-on dans un retour de la fable, du personnage, du dramatique, du décor ? Le fond importe-t-il plus que la forme? La forme importe-t-elle plus que le fond? Le fond et la forme existent-ils? Est-ce que le spectateur éduqué de Brecht rejoint le spectateur émancipé de Rancière? Est-ce qu'au fil des saisons on a perdu le sens du grand, du XXL, du monumental, de l'hybris ? Est-ce qu'au fil des saisons, on a oublié cette injonction fondamentale d'Adolf Loos: « L'artiste n'a besoin de plaire à personne. »?  Comment faire pour que le spectateur ait davantage envie de voir que de revoir? A-t-on pu se dégager de la sacralisation du résultat? A-t-on eu raison de dire théâtre expérimental plutôt que théâtre contemporain? Qu'est-ce que le contemporain? Quelle est la différence entre transdisciplinaire, pluridisciplinaire et multidisciplinaire? Pourquoi parle-t-on si peu de Schechner, qui a fait exploser le théâtre par la performance? A-t-on encore peur de la performance? A-t-on de nouveau peur de la performance?  Pourquoi n'a-t-on pas fait une plateforme sur le comédien? Pourquoi n'a-t-on pas fait une plateforme Nietzsche? Pourquoi n'a-t-on pas fait une plateforme fond-forme? Pourquoi n'a-t-on pas fait une plateforme sur Aristote ? Pourquoi n'a-t-on pas pensé à installer la zone d'écriture dès la première saison? Qu'a-t-on appris sur le silence? Qu'a-t-on appris sur le noir? Le public est-il un deus ex machina?  Pourquoi Heiner Müller n'est-il pas joué davantage? Qu'est-ce que le contemporain? Le choeur est-il de retour? Que dit le choeur? Peut-on entendre ce que dit le choeur? Fait-on du théâtre pour les morts? La forme est-elle un puits sans fond? Fuck la forme et le fond? Fuck tout court? Le conflit latent entre les permanents et les intermittents  de la culture éclatera-t-il un jour? Quelle est la place de l'artiste dans la société? Qu'est-ce aujourd'hui que le scandale? qu'est-ce que le nous de l'assemblée théâtrale? L'espace public est-il a priori opposé au geste artistique? existe-t-il une autre activité que le théâtre et la danse où le corps et l'esprit, la pensée et la technique, l'âme et le muscle soient aussi intimement liés? est-il naïf de penser que l'art, cette économie du signe et du sens partagés échappe à celle de la compétition et du profit? Comment produire non seulement des spectacles mais aussi et surtout de la rencontre?  comment activer au mieux l'âgon antique, cette esprit d'émulation positive, entre les artistes, entre les théâtres? est ce que Genève veut vraiment du théâtre ? si oui, quel théâtre désire Genève? quel est le projet utopique de Genève, ville de culture ?