Alexis une tragédie grecque (Festival de la Bâtie)
31.08 01.09 2012

Alexis une tragédie grecque (Festival de la Bâtie)

Athènes, 6 décembre 2008. Un jeune homme de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos, est tué par balles par un agent de police. Dans un contexte social et politique déjà tendu, cette mort déclenche une vague d’émeutes sans précédent. Alexandros devient l’icône d’une jeunesse révoltée par la corruption et l’impuissance des politiques. Depuis 2009, Enrico Casagrande et Daniela Nicolò mènent un travail autour des révoltes contemporaines à travers la figure d’Antigone – une femme qui, confrontée à l’injustice, se lève et résiste. Les auteurs et metteurs en scène italiens se rendent alors à Athènes, enquêtent, traquent et filment dans la ville les traces des événements et recueillent les échos de cette révolte. De tout cela, Motus fait un spectacle documentaire et poétique qui recrée remarquablement l’atmosphère d’urgence, de tension de ces journées d’Athènes.

33 tours et quelques secondes
04.09 05.09 2012

33 tours et quelques secondes

Un jeune Libanais met fin à sa vie. Dans sa lettre d’adieu, il revendique sa disparition comme un acte personnel qui ne peut être politiquement récupéré. Rabih Mroué et Lina Saneh, auteurs, metteurs en scène et acteurs établis à Beyrouth, internationalement reconnus, nous invitent à suivre les derniers jours de ce personnage fictif ainsi que les réactions que suscite son suicide. Ils reconstruisent sa chambre, où tout continue à vivre, à vibrer, à communiquer. Avec ce spectacle semi-documentaire, le couple d’artistes médite sur la paralysie politique du Liban, pays où le feu de la révolution arabe semble n’avoir allumé aucune étincelle.

Highway
21.09 30.09 2012

Highway

"L'Amérique comme vous ne l'avez jamais vue". Ou plutôt, «une» Amérique qui, sous prétexte d’entretenir son fameux rêve, a occulté une part essentielle du réel. Est-ce ce dernier que cherche Kearney, ce déraciné qui semble surgir du sud de nulle part, quand il vient buter contre ce long et dangereux ruban de goudron qu’est l’autoroute ? A l’instar de Rimbaud, il ne fuit que pour s’approprier un territoire qui ne cesse de résonner en lui. Et, tandis qu’il marche, sa pensée se met au diapason de ce mouvement qui traverse le temps et les espaces. Au fil de son errance surgissent des questions, des réflexions, des prises de conscience qui se matérialisent sous la forme d’images projetées et de sons. Guidé par une voix qui est celle de la mémoire, Kearney prend non seulement conscience de la culpabilité qui est à l’origine de la fondation des états-Unis mais s’ouvre aussi à son propre «être indien». C’est à une envoûtante balade crépusculaire, à la fois spirituelle et géographique, que Cosima Weiter et Alexandre Simon convient le spectateur. Un voyage vers ce «Nouveau monde» qui reste pourtant obstinément fixé à ses racines.

Contre le progrès . Contre l'amour . Contre la démocratie
28.09 13.10 2012

Contre le progrès . Contre l'amour . Contre la démocratie

Prenez un homme. Confrontez-le à ses semblables. Poussez-le dans les bras d’une femme ou dans l’étreinte du confort. Bercez-le d’illusions. Au final, faites résonner sa tête contre un mur, que retentisse ce bruit singulier qui caractérise la stupeur. Progrès, amour et démocratie. Trois thèmes fondamentaux dont l’auteur catalan Estève Soler s’est emparé pour les dégonfler comme des ballons de baudruche. En les prenant au mot s’il le faut. Car Esteve Soler est aussi un écrivain du bon sens, même s’il s’agit de plus en plus d’un sens interdit. On s’y engage sans jamais être sûr d’en revenir. D’ailleurs, on n’en revient pas. Comme ce personnage qui, dans Contre la démocratie, se prend un pavé de plusieurs tonnes sur la figure. C’est un incident fâcheux et relativement douloureux. «Il faut faire preuve d’une certaine habilité pour taper dans le mille», constate benoîtement le lanceur. Il faut faire preuve d’une certaine habileté, aussi, pour écrire une vingtaine de tableaux «burlesques», «surréalistes» ou «du Grand Guignol» aussi percutants. Un matériau d’une incroyable richesse dans lequel 5 metteurs en scène romands – Erika von Rosen, Yvan Rihs, Eric Devanthéry, Pierre Dubey et Xavier-Fernandez Cavada – sont allés puiser. De leur confrontation dialectique, esthétique, stylistique et poétique est né ce spectacle «collectif» qui est aussi une grande première francophone puisqu’il propose l’intégralité de la trilogie.

Le Gardien
16.10 04.11 2012

Le Gardien

Un huis clos. Pas de doute, nous sommes chez Harold Pinter. L’individu s’y contracte, laisse surgir l’essentiel dans un espace qui agit comme un révélateur de l’inconscient. Là, ils sont trois. Aston, la trentaine, son jeune frère Mick, et Davies, un vieil SDF que le premier a sauvé d’une agression. Les deux frères proposent un poste de gardien dans leur maison à Davies, qui se montre tout à la fois hâbleur, minable, raciste et pathétique. Un corps étranger qui finira par être exclu de l’étrange association que forment Aston et Mick. On est chez Pinter, oui, mais la silhouette de Kafka se détache sur chaque mur et avec elle la part insolite et cruelle du propos. Au-delà, c’est bien de notre époque dont il est question, avec sa précarisation des plus faibles, sa crise du logement, sa violence banale et quotidienne. Marie-Christine Epiney, qui signe la mise en scène, s’est entourée d’un magnifique trio de comédiens : Jacques Probst, Mathieu Delmonte et Frédéric Landenberg. En guise de fil rouge de la pièce, elle s’interroge sur l’absence de femmes. «Tout ce qui pourrait relever du hasard des rencontres prend une toute autre tournure à la lumière du lien possible entre la mère et l’épouse», constate-t-elle. Derrière le gardien, faut-il chercher celles qui agitent le trousseau ?

Desperate Alkestis
30.10 18.11 2012

Desperate Alkestis

Amour ? Renommée ? Devoir ? Qu’est-ce qui peut pousser une femme à accepter de mourir à la place d’un autre ? Il faut songer à Alkestis qui, depuis le perron de l’Antiquité, nous regarde en se laissant glisser vers la mort. Il faut prendre la mesure de ce sacrifice, s’interroger sur ce qui se joue-là et, pour finir, tendre une main amie au personnage d’Euripide. La tragédie, rarement portée à la scène, repose sur un mythe thessalien. Admétos, roi du pays atteint d’une maladie mortelle, se sait condamné. Apollon, son protecteur, le sauve du trépas. Les Parques consentent à le laisser vivre s’il fournit à sa place une autre victime. Bien qu’âgés, les parents d’Admète refusent de jouer ce rôle. Seule Alkestis, femme aimante et aimée, y consent. Qu’est-ce qui peut justifier un tel choix ? Quel sens lui accorder aujourd’hui ? Pour tenter de répondre à ces questions ainsi qu’à d’autres, Anne Bisang mène une enquête passionnée à partir de l’énigme Alkestis. Une enquête qui traverse les époques et les mœurs, effectuant de nombreux allers-retours entre le mythe et notre réalité. «Tout indique qu’une telle tragédie ne peut avoir lieu sans un profond sentiment, de part et d’autre, d’une relation dominant-dominé», affirme l’ancienne directrice de la Comédie. L’auteure rennaise Marine Bachelot signe une adaptation caustique et réactualisée de la pièce d’Euripide en la plaçant dans la perspective de la construction du genre.

Les Vainqueurs !
27.11 16.12 2012

Les Vainqueurs !

C’est la crise. Une fois que l’on a dit ça, on n’a rien dit. David Bauhofer, lui, a décidé de tout balancer. Après A tout berzingue !, il réinvestit le terrain socio-économique avec sa verve habituelle. Jusqu’où aller trop loin ? Telle est la question qui se pose désormais aux employés du Bastringue, coopérateurs improvisés d’une déroute professionnelle. De plus en plus de gens sont touchés par les conséquences destructrices de la crise financière. Certains ne parviennent même plus à se nourrir à leur faim. Alors, en désespoir de cause, on s’accroche à son travail, quand on en a un. Pas de quoi en rire ? «Au contraire», rétorque David Bauhofer. Le climat est assez morose comme cela, on ne va pas en rajouter. Interprète de talent, acteur protéiforme, David Bauhofer se gausse du système sans jamais se moquer de ceux qui en sont victimes. Il y a de l’humaniste, même désabusé, chez ce conteur né.

Mein Kampf (farce)
04.12 23.12 2012

Mein Kampf (farce)

Au regard de l’humanité, on est bien d’accord, Hitler est un mauvais sujet. Au regard du théâtre, c’est une autre histoire. George Tabori en était convaincu puisque du mauvais sujet il a fait le formidable sujet de sa pièce. évidemment, Mein Kampf n’a pas valeur de réhabilitation. Ce «combat» là est une farce. Immense, grotesque et forcément tragique. Le futur Führer, alors à l’aube d’une prometteuse carrière de dictateur, s’y illustre par ses piètres talents de peintre et son antisémitisme quasi pathologique. Tabori imagine que ce grossier personnage a pour voisin de misère Shlomo Herzl, digne représentant du peuple du Livre, qui d’ailleurs vend la Bible, mais aussi le Kama-Sutra. Humaniste impénitent, Shlomo s’emploie à améliorer les manières de l’irascible Adolf, ce qui n’est pas une mince affaire. Dans un fatras de sentences rabbiniques et d’histoires juives à l’extrême limite du bon goût, Tabori fait tout passer grâce à son grand cœur, sa commisération universelle, sa malice et son talent. Et l’on se surprend alors à rire de l’innommable. Créé en 2007 au Théâtre du Loup par Frédéric Polier, ce spectacle est une reprise.

Sainte Jeanne des Abattoirs
Des zèbres et des amandes
22.01 03.02 2013

Des zèbres et des amandes

«L’histoire a suivi des cours différents pour les différents peuples en raison des différences de milieux, non pas de différences biologiques entre ces peuples». En quelques mots, dès l’introduction de son essai De l’inégalité parmi les sociétés, Jared Diamond en a résumé l’essentiel. Par la même occasion, il vient de tordre le cou à toutes formes de racisme. C’est l’une des grandes qualités de son livre que de rompre avec les idées reçues. Une autre étant d’expliquer de manière claire et détaillée les trajectoires diverses de l’histoire de l’homme sur chaque continent par la géographie des plaques continentales et le hasard de la répartition initiale des espèces de faune et de flore. Si vaste soit cette recherche, qui mobilise des disciplines aussi diverses que la génétique, la biologie moléculaire, l’écologie des comportements, l’épidémiologie, la linguistique, l’archéologie et l’histoire des technologies, elle n’a pas effrayé Andrea Novicov. Dès la lecture de l’ouvrage, le metteur en scène a compris qu’il tenait là un sujet d’une rare force dramatique. Faisant appel à l’univers animalier et végétal, mêlant images, marionnettes et comédiens, il invente un monde coloré, ludique et créatif pour servir la démonstration fascinante d’un auteur reconnu du monde scientifique contemporain.

Des Femmes qui tombent
12.02 24.02 2013

Des Femmes qui tombent

Dans un ordre approximatif, Pierre Desproges aura moqué l’endive, vilipendé la métastase et conchié Francis Lalanne. L’humoriste et fils (très) spirituel de Vialatte a également commis un unique roman. Des femmes qui tombent, publié en 1985, regorge de bons mots et de cadavres. Des cadavres de femmes uniquement, n’en déplaise aux féministes et aux bons esprits. Desproges ne faisait pas dans la bonne conscience : la sienne était trop aigüe pour se contenter des mots d’ordre en vogue et des certitudes qui tiennent lieu de ligne de vie. «Celui qui a agité les idées bien-pensantes, outrepassé les aprioris politiques manichéens a aussi inventé un style littéraire unique, avec sa grammaire, son rythme, ses mots», constate ainsi Sandra Gaudin qui a donc décidé de porter à la scène la prose récalcitrante et formidablement drôle du défunt. On est donc ravi de suivre le docteur Jacques Rouchon – «alcoolique jusqu’au fond de l’œil, il noyait dans le Picon-bière l’insupportable et tranquille certitude qu’il avait de l’inopportunité de la vie en général et de la sienne en particulier» - dans son enquête au fin fond de la France rurale et néanmoins exotique. Quant au dernier mot, on le laisse volontiers à Pierre Desproges lui-même qui, à propos de son roman, affirmait : «Le lecteur aura compris que ce livre, Des femmes qui tombent, est en réalité un humble mais profond hommage rendu à Homère et à sa cécité». Amen !

La main qui ment
19.02 03.03 2013

La main qui ment

Eh bien oui la guerre civile. Et cette manière qu’elle a de dresser les hommes les uns contre les autres. Quand se tait le fracas des bombes, quand la haine cède la place à l’espoir ou à la lassitude, il faut toutefois songer à reconstruire. Une nouvelle couche, faussement vierge, vient alors se déposer sur les gravats. De cet enduit, l’homme fait un usage avisé pour se dissimuler aux regards des autres. La main qui ment est une claque. Elle retentit sur le visage du quotidien, sur cette «illusion parfaite» qu’est la famille avec son lot consolateur d’habitudes et de gestes tendres. Un homme, un jour, a menti. Par ce mensonge, l’ennemi d’hier est devenu le mari d’aujourd’hui. Désireuse de faire son portrait, une jeune journaliste révèlera à son épouse et à son fils que l’homme aimé et respecté en cache un autre. En huit tableaux, Jean-Marie Piemme, dans une forme de théâtre-récit où passé et présent s’entremêlent, nous invite à nous interroger sur la validité de nos certitudes face à la triple question de la justice, de la vengeance et du pardon, et sur les parts d’ombre et de lumière de notre humanité. Philippe Sireuil, dont on connaît les accointances avec le dramaturge belge, signe ici un spectacle puissant et dense qui prend acte de l’irrévocable.

Le radieux séjour du monde
16.03 07.04 2013

Le radieux séjour du monde

Parfois les mots font que l’on meurt de froid. Cela arrive à Bárdur, pêcheur à la morue parti en mer sans sa vareuse. Trop occupé à retenir les vers du Paradis perdu, du grand poète anglais Milton, il n’a pensé ni aux préparatifs de son équipage ni à se protéger du mauvais temps. Quand, de retour sur la terre ferme, ses camarades sortent du bateau le cadavre gelé de Bárdur, son meilleur ami, «le gamin», entame un périlleux voyage à travers l’île pour rendre à son propriétaire ce livre dans lequel Bárdur s’est totalement plongé. Et pour savoir s’il a encore la force et l’envie de continuer de vivre. En quoi la poésie peut-elle nous aider à vivre ? Mais aussi : comment un livre peut-il conduire à la mort ? C’est là, dans ces deux questions apparemment contradictoires, que réside la spécificité extraordinaire du texte de Jon Stefansson : un livre sauve et un livre tue. Le radieux séjour du monde s’inscrit dans la continuité des précédents projets de la Cie En déroute où il s’agit de questionner l’art narratif sur scène ainsi que le rapport de l’homme au monde. Ce nouveau spectacle signe ainsi la poursuite d’un travail d’immersion du spectateur dans un univers sensoriel par l’usage du son, de la lumière et de l’image.

Cinq jours en Mars
19.03 07.04 2013

Cinq jours en Mars

«Appartenir au monde...» Oui mais si l’on manifeste le jour où les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Irak, n’aurait-t-on pas alors le sentiment que c’est plutôt le monde qui nous appartient, comme il appartient à celui qui se lève tôt ? Oui mais pourquoi pas à celui qui reste couché ? Ou à ceux qui se couchent l’un sur l’autre cinq jours de suite dans un love hotel d’une banlieue de Tokyo ? En ignorant les rumeurs pour quelques soupirs, afin que parmi ceux du dérarroi mondialisé s’en dégagent au moins certains qui seraient comme des miettes de temps partagé ? Ecrite en 2004, Cinq jours en mars dresse le portrait d’une jeunesse rompue entre ses désirs de liberté et son appréhension du futur. Un récit à la forme insolite que le metteur en scène Yvan Rihs crée pour la première fois en français, comme une quête à la fois joyeuse, épique et inquiète d’un improbable accord du geste, du son et de la parole.

Légendes de la forêt viennoise
23.04 12.05 2013

Légendes de la forêt viennoise

D’un côté la campagne viennoise et ses paysages bucoliques. De l’autre une Vienne de l’entre-deux guerres en pleine débâcle financière. Vienne joue ! Vienne achète et vend ! Vienne spécule sur les cendres de l’ancien empire austro-hongrois. Les quartiers populaires vivotent, la boucherie reste florissante et le tabac également. Mais la boutique de jouets et d’articles de magie périclite : quoi de mieux qu’un bon mariage pour relancer les affaires ? Les fiançailles de Marianne, la fille du Roi de la magie, avec Oscar, le boucher ami d’enfance, donnent lieu à des agapes au bord du Danube. Las, celles-ci partent en eau de boudin et le mélodrame commence. Pourtant, de guinguette en music-hall, la fête se poursuit... Horváth expose la stupidité et l’hypocrisie qui se cachent derrière les comportements et préjugés des petits bourgeois. Sa peinture sans concession de ces déclassés de l’Allemagne et de l’Autriche des années 1920, terreau fécond du nazisme à venir, vaudra à Horváth un exil définitif. Recourant aussi bien à l’écriture cinématographique qu’à l’opérette ou au mélodrame, le dramaturge propose ici sa version de la pièce populaire sous forme de mise en garde face au populisme. Une langue stylisée et musicale met en relief avec tendresse les infinies variations de la bêtise humaine. La pire restant celle qui s’ignore.

Combat de sable
07.05 14.05 2013

Combat de sable

C’est décidé, ils ne se laisseront pas «zigouiller». Ni le frère ni la sœur. Face à l’hostilité du monde, tandis que se précise le passage entre l’enfance et l’âge adulte, ils observent et cherchent à comprendre. La mère est là dans l’ombre qui accompagne et provoque cette étape cruciale de l’existence. Le père est absent. Pour les deux adolescents s’engage alors une lutte physique entre le dedans et le dehors, le présent et l’absent : de ce combat naît l’aspiration à un monde qui se réinvente. Leurs histoires personnelles s’ancrent ici dans l’histoire plus large des peuples qui aujourd’hui sont en lutte pour leur liberté. Là, comme en eux, se joue la question des racines, de l’identité, du poids des choses qui se transmettent en dépit de la vigilance et du désir. Combat de sable accorde une place particulière aux coups, percussions vocales et corporelles, afin d’exprimer ces pulsations qui nous habitent et nous entourent. D’un souffle répété, d’un frottement naît un rythme qui devient ou non une mélopée, comme un aboutissement du geste de ces corps en lutte avec eux-mêmes. Ce spectacle tout public à partir de 12 ans s’inscrit dans un projet pédagogique plus large qui comprend notamment des ateliers de sensibilisation à l’objet théâtral.

Le baiser et la morsure / opus 2
21.05 31.05 2013

Le baiser et la morsure / opus 2

On dirait que tout cela a commencé dans une cage, du côté de La Chaux-de-Fonds, et que cela se poursuit sur une scène. On dirait qu’il y avait naguère les grands singes et que les hommes sont arrivés et avec eux cette capacité à faire usage des mots et à inventer des phrases. On dirait enfin que l’intrigant projet de la Compagnie de nuit comme de jour, baptisé Le baiser et la morsure, cherche à théâtraliser la limite entre l’homme et l’animal, ce lieu où vient poindre le langage articulé, lequel nous sert non seulement à communiquer mais également à raisonner, à décrire le monde et à le créer. Ou peut-être, après tout, que l’on ne dirait rien. Puisque La longueur moyenne des énoncés – nouvel opus du projet – consiste justement à exprimer le fait qu’il est impossible ou illusoire de réellement parler avec les mots. Il s’agit bien, oui, de transformer peu à peu les mots en courants d’air ou en coquilles vides ne renvoyant plus à une réalité concrète, jusqu’à ce qu’eux-mêmes finissent par disparaître. Cette création originale s’appuie sur différents textes théâtraux ou non théâtraux, sur des écrits d’éthologues, d’historiens et de linguistes, mais essentiellement comme point de départ, dont il ne restera peut-être rien au final. Allons voir du côté du silence si nous n’y sommes pas.

Le Ravissement d'Adèle
04.06 15.06 2013

Le Ravissement d'Adèle

Ce n’est pas possible, ces ados qui disparaissent. Prenez Adèle. Elle était là et puis, pschitt, évaporée ! Alors, forcément, le village s’agite. Un avis de recherche est déposé dans les différents commerces, des battues sont organisées dans la forêt toute proche et un inspecteur d’une incompétence rare est dépêché sur place pour mener l’enquête. Du boucher au retraité, du pilier de bar au jardinier, chacun y va de son hypothèse et commence à observer chez son voisin le moindre comportement étrange. évidemment, les soupçons se portent vers un jeune zonard car, comme le chantait Brassens, «les gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux». D’une plume sanglante et habile, Rémi De Vos signe une comédie sociale à la fois tendre et vacharde qui en dit plus long qu’un savant discours. Loin du cynisme ambiant, avec un art inégalé de la réplique et une belle virtuosité pour cerner la psychologie de ses personnages, il s’emploie à faire tomber les masques de son joyeux petit monde. Rien d’étonnant à ce que la Compagnie Pasquier-Rossier, qui en pince volontiers pour l’humour et l’absurde, se soit à son tour lancée sur les traces d’Adèle.

Les 81 minutes de Mademoiselle A
11.06 22.06 2013

Les 81 minutes de Mademoiselle A

A comme Anonyme. A comme Alice. A comme la demoiselle qui quitte sa caisse après le service pour se rendre au vestiaire. A multiple des caissières qui volent un peu de temps au capitalisme et à la frénésie consumériste pour rêver. Ballet de belles et de moins belles, abruties de fatigue, qui soudain basculent dans un imaginaire mythologique. Tout en fumant une cigarette l’une voit apparaître Zeus sous sa forme de cygne dans le miroir de son casier, l’autre perd la tête et se met à interpréter le roi Lear, une troisième emprunte des dialogues à Jean-Luc Godard. «Et mes chevilles, tu les aimes ?» Six femmes au total, qui sont toutes une facette, une partie différente de la même personne. Elles sont un reflet dans un miroir, celui de Mademoiselle A que chacun cherche à identifier tout au long du spectacle. Un être éclaté, mais qui au fur et à mesure du récit se reconditionne en une entité complète. Pour sa nouvelle création, Julien Schmutz s’appuie sur le texte de Lothar Trolle afin de créer une comédie moderne, un spectacle drôle, poétique et critique sur le thème de l’opposition entre la mythologie et la société de consommation moderne. Une «magnifique» invitation à passer de l’autre côté du miroir.