Théâtre du Grütli
21.02 24.02 2017

Mesure pour mesure

Après Blasted de Sarah Kane et Gulliver de Jonathan Swift, le metteur en scène Karim Bel Kacem s’empare de Mesure pour mesure de Shakespeare pour clore son ingénieux triptyque Pièces de chambre. Cette fois-ci, ce sont les ressorts d’un système sécuritaire et répressif qu’éclaire le dispositif constitué d’une structure close dotée de vitres sans tain. Deux espaces distincts, celui du pouvoir et celui de l’exécution, et la simultanéité de l’action permettent au spectateur de tirer la fable à lui selon sa propre ligne de mire. Le spectateur lui-même, via la surface vitrée, devient tout à tour figurant et voyeur tandis que se tisse un subtil jeu de correspondances. Cette transparence favorise la mise à nu des corps comme des esprits, des vices comme des désirs, et c’est toute l’obscénité d’un pouvoir tyrannique dépassé par la passion qui vous saute au visage. Jamais, sans doute, le théâtre n’avait témoigné d’autant d’accointances avec le cinéma. 

28.02 12.03 2017

seXclure/ Variations Arcan (trip-tyque)

Elle s’est donnée la mort, comme on s’octroie une ultime caresse. Elle avait 36 ans, quelque chose de délavé dans le regard, trois romans à son actif. Le désespoir en elle. Nelly Arcan est plus qu’une escort-girl qui sublima sa vie dans l’écriture. C’est une femme qui pense. Titubant au seuil de la fiction, empêtrée dans un réel dont aucun artifice ne parvenait à combler les manques, sa figure nous échappe.
Marcela San Pedro s’inspire de l’oeuvre de Nelly Arcan pour créer un trip en trois parties. Elle ouvre la scène comme on déplie une terre à explorer et propose de se promener dans les textes comme dans un paysage. Cette traversée en zone trouble est un hommage scénique singulier à celle qui fut obligée d’être belle, terriblement lucide, fatalement incomprise et sublimement tragique.

14.03 19.03 2017

Giallo Oscuro - Rêves et romances noires de l’Italie des années soixante

Le tissu des fauteuils est élimé. Les actrices fatiguées. L’image amputée. On devine plus qu’on ne voit. Et ce que l’on devine avant de l’étreindre, c’est l’Italie des années 60, avec sa fièvre hystérique, ses contradictions et ses pulsions socio-érotiques. Ni cinéma, ni théâtre, ni concert, Giallo Oscuro est tout cela à la fois et se présente comme un spectacle articulé autour de chansons et d'un film imaginaire recomposé à partir de fragments et de collages issus d'autres films - le tout s'inspirant du synopsis du film de Lucio Fulci Una Lucertola Con La Pelle Di Donna (1971). Pour John Menoud et cet orchestre atypique, il s’agit non seulement de rendre hommage à un âge d’or de la musique italienne mais aussi de renouer les fils d’une histoire qui se décompose et se recompose en direct et en 35mm, sur fond de chanson d’amour, de frustration et de peur. A croire que l’écran, en aplomb de la fosse, ouvre grand les vannes de l’imaginaire pour laisser l’intrigue se déverser parmi les musiciens. Là-haut la romance trouble, ici le rêve.

24.03 09.04 2017

Si tout est vrai, ne m’endors pas

C’est en toute liberté que Valentine Sergo s’inspire de La Vie est un songe de Calderón. Sans doute parce que, pour elle, le songe n’est ici qu’un leurre et l’œuvre traite essentiellement de manipulation. Celle dont est notamment victime Sigismond, le fils du roi, contraint de « rêver » son règne pour corroborer la funeste vision de son père qui augure en lui un cruel despote. Poursuivant dans un registre qui mêle fiction et réel, la metteure en scène s’emploie à mettre en écho les questionnements de la pièce avec le vécu de ses interprètes, en intégrant quelques scènes tirées directement de l’œuvre de Calderón. Ainsi, récit, retranscription d'entretiens, poésie, conte et description se croisent et se confrontent pour traiter du libre-arbitre, mais aussi de la difficulté et parfois même l’impossibilité d’être soi, de tenter les choses et d’échouer… ou pas. Un miroir sans complaisance dressé face à notre époque, avant qu’elle ne disjoncte définitivement.

25.04 14.05 2017

Les Hauts de Hurlevent

Tragédie atmosphérique et sensuelle, Les Hauts de Hurlevent puise sa fougue dans les paysages sauvages des landes du Yorkshire. Heathcliff est recueilli par Earnshaw qui l’élève comme son fils. Il grandit au domaine, dans la haine de Hindley, le fils du maître, auquel s'oppose l'amour de Cathy, la soeur de ce dernier, qu'il aime lui-même ardemment. A la mort de Earnshaw, Heathcliff est martyrisé par Hindley. Cathy, en dépit de l'amour qu'elle ressent pour le réprouvé, épouse le noble et raffiné Edgar Linton. Dévasté par cette trahison, Heathcliff s'enfuit en Amérique, d'où il revient riche et considéré, mais surtout habité par un impitoyable désir de vengeance. Chef-d’œuvre de la littérature anglaise, Les Hauts de Hurlevent ne pouvait qu’entrer en résonance avec l’univers de Camille Giacobino. La metteure en scène, qui affectionne les climats passionnels, relève ainsi le défi de porter à la scène ce singulier roman d’une absolue noirceur, dont Georges Bataille dira qu'il est « peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d'amour ».

18.05 21.05 2017

DUO DE SOLI

ELLE, porte avec l'incandescence et la pudeur des grandes interprètes les voix frémissantes de ces Japonaises qui quittèrent leur pays entre 1908 et 1921 pour rejoindre un mari inconnu sur le continent américain. Certaines n'avaient jamais vu la mer relate, dans une langue cadencée et un style polyphonique, la destinée houleuse de ces épouses commandées à distance.

LUI, enchaîne des actions énigmatiques dans un espace touffu, peuplé d'objects anachroniques et sonores. De cette chorégraphie domestique incongrue émane l'envoûtant spectacle de l’intime. Se dessine un microcosme surréaliste et burlesque où la musicalité devient verbe. On entre dans la tête de l'énergumène; on entend ses pensées tourner - comme un hamster dans sa roue - et le bruit du monde s'y mêler.

Deux bêtes de scène pour une fin de saison rugissante : acteurs racés aux doux accents poétiques, et à l'imaginaire délicat, Françoise Boillat et Pierre-Isaïe Duc vous embarquent, à tour de rôle, pour un voyage intérieur, théâtral, et musical. Un duo de solos à dévorer en deux temps-deux mouvements, mais une seule soirée. 

Spectacles passés

Moonlight (La Lune se couche)
27.09 16.10 2016

Moonlight (La Lune se couche)

La mort d’Andy est imminente. En périphérie, comme suspendus dans un espace-temps insaisissable, les proches ne semblent pas concernés par le drame qui se déroule tout près d’eux. Ainsi des deux fils du mourant, qui pratiquent l’esquive et se livrent à un étrange jeu de rôle. Ce n’est pas gai, mais c’est drôle et amer à la fois. Il y a aussi la mère, un couple d’amis… Et Bridget, la fille. Figure fantomatique et lunaire qui, indemne de tout cynisme, révèle la part de vérité enfouie sous les non-dits.
 
« Dans cette pièce la narration revêt une forme très différente de tout ce que j’ai pu écrire, cette pièce touche à la vie des gens d’une manière souple, moins rigide, je suis plus ouvert à la dimension psychologique. » H.Pinter

Perplexe
14.10 23.10 2016

Perplexe

Une comédie absurde ? Il faudrait s’entendre là-dessus. Car Marius von Mayenburg ne circonscrit son art à aucun genre. Au contraire : il lui offre l’amplitude la plus large, jouant de tous les codes de la représentation et de tous les modes d’expression scéniques. C’est cette fantaisie, vive et débridée, qui a séduit le metteur en scène Georges Grbic. L’envie d’en découdre avec la structure d’une pièce qui résiste à tout mode d’emploi. Perplexe ne trahit pas son titre : un quatuor de personnages – deux femmes et deux hommes - qui se décomposent et se recomposent, des dialogues qui sautent du coq à l’âne et des nazis aux volcans, des situations énigmatiques et faussement absurdes. L’auteur manœuvre le théâtre comme s’il s’agissait d’un Rubik’s cube. Tout aussi agile, Georges Grbic s’empare de l’intrigant objet et nous gratifie d’un spectacle à la fois poétique et ludique qui interroge le rapport entre liberté et pouvoir. 

Jachère
10.11 11.11 2016

Jachère

Un dernier verre. Pour la route. Et s’il n’y avait plus de route ? Juste un bar, qui se dresse tel un récif, et quelques personnages en pleine dérive existentielle. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un bar ? Parlons plutôt d’une zone de dépression dans laquelle végètent des hommes et des femmes au bord du gouffre. Au rythme des désirs naufragés, on y partage des ritournelles obsédantes tandis que planent les ombres d’Emmanuel Bove, Vladimir Nabokov ou Haruki Murakami. Les Chroniques de l’oiseau à ressort de l’écrivain japonais servent d’ailleurs de matrice à ces voyages immobiles. Et font de Jachère l’un des cercles de Dante, surface mouvante où tournoient des clowns maladroits et désenchantés. Après Chaux Vive et Silures, Jean-Yves Ruf et son équipe poursuivent leur poétique « trilogie des bars ». Ne vous faites pas prier pour venir en déguster les liqueurs. 

Déjeuners chez Germaine Tillion
18.11 2016

Déjeuners chez Germaine Tillion

LECTURE

Immense actrice de théâtre et de cinéma, Marie-Christine Barrault aime aussi dire des textes qu’elle choisit, lit, relit et travaille à sa façon jusqu’à
ce qu’elle sente que «c’est juste».
Après Hemingway et Georges Sand, elle vient nous conter Germaine Tillion, ethnologue et résistante, qui
 a vécu et connu toutes les violences sans jamais perdre son goût de la discussion et des plaisirs de la table.

En présence de l’auteure
 

Eros et Pathos
19.11 20.11 2016

Eros et Pathos

PERFORMANCE

Comédienne suisse romande d’origine tunisienne, ancienne professeure de mathématiques qui oscille entre sinus et cosinus, Latifa Djerbi nous emmène
en voyage vers l’infini. Elle explore, avec la complicité de Boubakar Samb, les éléments de notre inconscient qui nous poussent à agir, regarder, s’interposer, infliger ou subir la violence. Un exercice de catharsis drôle et édifiant!

En partenariat avec le festival «Les Créatives». 

Les Crocodiles des bords du Nil
23.11 2016

Les Crocodiles des bords du Nil

LECTURE

L’idée de ce texte m’est venue par la poste. Dans les feuillets d’une drôle de lettre qu’une dame que je connaissais à peine m’avait envoyée. Elle me racontait comment elle avait survécu aux attaques d’une plante carnivore. Comment la croire ? J’en ai presque ri puis il m’a semblé que ce récit, pour étrange qu’il puisse paraître, était sans doute une métaphore. J’ai rapproché ce récit de témoignages de professeurs de collège qui commentaient, impuissants, un viol en réunion commis par des jeunes du collège sur l’une de leurs camarades.  Le sujet des Crocodiles des bords du Nil se profilait. Je voulais rendre compte d’une violence qui s’exerce contre les plus faibles et détruit sans faire de bruit et qui déploie ses symptômes pendant des années, voir toute une vie. 

Tabou, avec la plaidoirie de Gisèle Halimi à la Cour d’Assises d’Aix-en-Provence le 3 mai 1978
25.11 2016

Tabou, avec la plaidoirie de Gisèle Halimi à la Cour d’Assises d’Aix-en-Provence le 3 mai 1978

SPECTACLE

Le viol est-il un tabou dans notre société ? Cinq femmes violées, cinq cas inspirés de faits réels. À tour de rôle, les cinq victimes vont devoir répondre à un interrogatoire et prouver leur « innocence ». Ce questionnement, qui semble d’abord utile et légitime, devient obsessionnel et oppressant. C’est le questionnement de la police, celui de la justice, celui de la société, le harcèlement de questions qui vont fondre sur la victime jusqu’à faire naître le doute et la faire apparaître comme coupable... En réponse à ce questionnement, la flamboyante plaidoirie que Gisèle Halimi a prononcé à la Cour d’Assises d’Aix- en-Provence le 3 mai 1978. Par sa lutte, elle fera avancer la réflexion collective sur “ce crime total” et sur le rapport qu’entretiennent les hommes et les femmes dans notre société.
 
Le spectacle, écrit par Laurence Février, est librement inspiré de faits réels et de personnages existants ou ayant existé.

Frankenstein – Morceaux choisis
04.12 24.12 2016

Frankenstein – Morceaux choisis

Nul ne le contestera : Victor Frankenstein s’est fourvoyé ! Et sa créature, solitaire et vindicative, est bien décidé à lui faire payer le prix de son désespoir. On ne va pas vous raconter la suite: Frankenstein est l’une des figures fondatrices de la littérature d’imagination. Une relecture, aussi, du mythe de Prométhée. Et surtout un défi adressé à Dieu lui-même. Bien décidé à en découdre une fois encore avec le monstre (il s’y est déjà frotté à plusieurs reprises), Olivier Lafrance tranche allègrement dans la chair du mythe. Par cette opération chirurgicale et spirituelle, il met à jour les enjeux véritables d’une œuvre qui entreprend d’explorer la condition humaine. Ces « morceaux choisis », dont la saveur peut se révéler mortelle, constituent un spectacle aussi jubilatoire que… terrifiant !

Les Aventures de Tchitchikov ou Les Âmes mortes
10.01 29.01 2017

Les Aventures de Tchitchikov ou Les Âmes mortes

Avec Les Âmes mortes, c’est la Russie éternelle qui se fait tirer le portrait ! Le cliché est d’autant plus précis, et vitriolé, que Nikolaï Vassiliévitch Gogol se tient derrière l’objectif. Le sien, d’objectif, est de rédiger un chef-d’œuvre. Et, par ce biais, de passer à la postérité. Pari réussi avec l’histoire de Tchitchikov, aigrefin obséquieux et retors qui s’emploie à racheter les âmes des serfs morts dont l’administration n’a pas encore enregistré le décès. Sa « combine » le conduit à croiser une kyrielle de personnages aussi pittoresques que réjouissants. Conte cruel et picaresque, Les Âmes mortes est aussi une œuvre protéiforme qui joue de tous les registres pour pointer l’immense médiocrité humaine d’un monde où chaque être se résume à sa fonction. Pour Frédéric Polier, douze ans après Le Maître et Marguerite de Boulgakov et Dostoïevski à Cuba, ce spectacle est l’occasion de revenir se frotter à l’âme slave, fut-elle morte. Cette adaptation devrait, dans tous les cas, raviver ses couleurs et lui insuffler une bonne dose de truculence. 

Another distinguée
01.02 12.02 2017

Another distinguée

Héroïne et super héros, guerriers, sirènes, La Ribot et ses acolytes s’inventent et se dessinent à chaque pièce une identité... pour mieux l’oublier par la suite. Another Distinguée est une invitation à s’abandonner dans l’oubli et paradoxalement, également un exercice de mémoire. La mémoire est capricieuse et ne tolère aucune tentative de contrôle sur ce qu’elle produit. La mémoire construit ses souvenirs comme s’ils étaient nouveaux à chaque fois. 

Pastime, Carnation, Museum Piece (recréation de trois soli de Lucinda Childs)
01.02 04.02 2017

Pastime, Carnation, Museum Piece (recréation de trois soli de Lucinda Childs)

Ce spectacle a lieu dans le cadre des
Journées de danse contemporaine Suisse.


Il a fallu attendre les années 90 pour que l’Europe (re)découvre le répertoire expérimental de la danse américaine des années 50-60. Révélée au Festival d’Avignon en 1979 grâce à sa collaboration avec Bob Wilson, Lucinda Childs est une icône de la post modern dance. Elle a transmis à sa nièce, Ruth, trois soli conçus à New York alors en pleine effervescence artistique. Dans Pastime(1963), la danseuse – assise sur une baignoire – multiplie les effets de surface et de volume en jouant avec le voile qui la recouvre. Avec Carnation (1964), elle procède à la déconstruction systématique de son image à l’aide d’objets triviaux. Quand à Museum Piece (1965), il réalise un fantasme : entrer à l’intérieur d’une toile (Le Cirque de Seurat) pour la dépeindre, avec humour, par le corps. Tout un programme, qui n’a pas pris une ride !